Conclusion

Pendant ces 60 années, le cinéma a tenté de représenter la Résistance à l'écran, difficilement. En effet, ce mouvement ayant existé dans la clandestinité, il était difficile de rassembler de la documentation, soit non archivée, soit non filmée. L'Etat se gardait bien de cacher certaines informations compromettantes  afin de privilégier la cohésion et la reconstruction du pays. L'évolution de leur représentation aura provoqué chez le public de la polémique, des protestations, adhésions et même émotion.

Dans l'immédiat après-guerre, l'industrie du cinéma doit faire face à des problèmes économiques mais doit aussi orienter sa production de façon à plaire, ainsi, les problèmes touchent aussi aux questions philosophiques et morales, ayant des implications nationales et conduisant à ce mythe résistancialiste. La Bataille du Rail, a eu pour fonction comme beaucoup d'autres films, de créer des images destinées à être utilisées comme des documents historiques. De nos jours, cette prétention parait réellement illusoire car c'est un film très subjectif contrôlé par la SNCF et le CNR. La Résistance intrigue et les sources écrites sont rares car dissimulées répondant à un besoin de reconstruction et de réconciliation dans le pays. De plus les salles cinéma sont fréquentées par un public sans précédent. Tous ces éléments contribuent à un documentaire fictif qui magnifie la Résistance et présente des faits historiques très subjectivement. Les thèmes de la seconde guerre mondiale seront quelque peu oubliés pendant une décennie à cause des guerres de décolonisation de la France. De 1958 à 1970, le thème de la Résistance resurgit. 

De 1970 à 1980, Le Chagrin et la Pitié sera à l'origine d'une véritable révision historique qui donnera lieu à des recherches plus approfondies comme avec l'ouvrage historique de Paxton, La France de Vichy. Le film d'Ophuls dérangera, fera polémique tant pas son contenu que sa forme documentaire. 

De 1980 à aujourd'hui, la Résistance au cinéma est entre hommage, banalisation et historiographie. Ainsi, la période précédente de désacralisation a ouvert moultes possibilités d'entrées, de sujets sur la Résistance. Alors, des films burlesques comme Papy fait de la Résistance feront leur apparition provoquant rire mais surtout polémique. Puis, d'autres films, comme Uranus, adaptation cinématographique de l'oeuvre éponyme de Marcel Aymé, entreprendront le plus objectivement possible la représentation de la résistance, du moins, dans ce cas, les typologies d'engagements idéologiques sous l'Occupation et leurs conséquences à la Libération. 

La guerre achevée, certains ont tenté de poursuivre l’œuvre de la Résistance et son esprit par le cinéma. Cette tentative a vite trouvé ses limites. En revanche, l’épisode a offert aux réalisateurs tous les ingrédients susceptibles d’être transposés à l’écran. Cette richesse a fasciné les cinéastes dont quelques-uns ont consacré plusieurs films à tel ou tel aspect de la Résistance (Chabrol, Clément, Melville). Ils ont choisi, interprété, voire déformé les faits selon leur tempérament et leur talent certes mais aussi en fonction de critères tels que la conjoncture politique et sociale, ou tout simplement la mode. De même, certains acteurs ont joué dans plusieurs films sur ce sujet : Bourvil, Jugnot, Signoret... 

En d’autres mots, le cinéma a représenté la Résistance d’une manière correspondant le plus souvent à l’image que s’en faisait l’opinion. C’est pourquoi il l’a tour à tour magnifiée, explorée, interrogée, critiquée, parodiée, citée et honorée. À considérer la filmographie de la Résistance, abondante, d’inspiration variée et d’inégale valeur, on pourrait presque croire qu’il s’agit d’une figure imposée dans la carrière d’un réalisateur . Aujourd’hui, la Résistance est une référence lointaine mais il n’est pas dit qu’elle ne suscitera pas d’autres œuvres de qualité.

Encore aujourd'hui, dans l'histoire de la France, la Résistance reste un événement et un mouvement positif et même si désormais les manuels, les films, les oeuvres historiques mettent bien en scène la diversité et l'ambiguité des comportements français sous l'occupation, la grande majorité des français continue à diaboliser les collaborateurs et à considérer les résistants en véritables héros. D'autre part, il semblerait que de nouvelles découvertes sur ce phénomène intriguant qu'est la Résistance ne soient pas prévues : les témoignages nouveaux sont difficiles à rassembler, les souvenirs vieillissent, les combattants meurent.

Tandis qu'au XXI ème siècle le cinéma français comme étranger continuent à utiliser le sujet de la Seconde Guerre Mondiale : la Résistance (Mr Batignole, Les Insurgés), la déportation (La Rafle), et la vie sous l'occupation (La guerre des boutons), d'autres sujets semblent avoir été, comme la Résistance, quelque peu faussés, certaines informations semblent avoir été dissimulées. Ainsi, la guerre d'Algérie fait partie de ces sujets longuement tabous dont la production est devenue très abondante au XXI ème siècle. Mais, comme le dit Christian Delage qui analyse le rapport entre l'histoire et le cinéma français notamment lors d'une interview concernant la sortie d'un film sur cette guerre, par Bouchareb, il y déclare "Aujourd'hui, je crois que les historiens ont bien montré qu'il n'y avait plus de tabous". Réalité ou mensonge ? Le cinéma français connaîtra-t-il d'autres révélations par le biais du cinéma ?

 

« On fait du cinéma comme on fait la guerre. » René Clément

« Dans l'horreur, toutes les idées se valent. » Uranus

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