III. De 1980 à nos jours

Ces années là sont vues comme celles de l’apaisement, du pardon en partie grâce au renouvellement des générations.L'approche au cinéma de la Résistance devient plus sereine et les thèmes dominants sont les femmes, les conséquences de l'entrée en résistance sur la vie privée et la résistance civile. Enfin, même si ce n'est pas le coeur de notre sujet, il faut s'arrêter sur les films qui relatent la mémoire juive. Dès 1970, les historiens se sont tournés vers l'Holocauste au détriment parfois de la Résistance et les films portant sur la mémoire juive n'ont cessé de croître. Parallèlement, certaines affaires ont contribué à sensibiliser le public sur la question du rôle de la France dans la déportation ou la collaboration. En effet, le 16 juillet 1995, Jacques Chirac prononce un discours d’excuses : « reconnaissance de la responsabilité de la France dans les crimes commis par l’Etat de Vichy ». Tout est donc enfin reconnu officiellement. On y découvre un passé maréchaliste avec Mitterand. Les premiers jugement pour crime contre l’humanité sont mis en action : ainsi, Paul Tourvier, est le premier Français condamné pour crimes contre l’humanité en 1994 en tant que chef de la milice lyonnaise mais fut grâcié par le président Pompidou. De même,  Maurice Papon fut condamné en 1998 à 10 ans de prison pour complicité de crimes contre l'humanité pour des actes commis alors qu'il était secrétaire général de la préfecture de Gironde entre 1942 et 1944, c’est la reconnaissance des crimes de bureau. Les négationnistes et les acteurs des crimes de guerre sont punis et les personnes à l'origine de révélation sont récompensées. En 1997, Robert Paxton est décoré aux Etats-Unis par l’ambassade Française pour récompenser ses travaux sur la France de Vichy.  Enfin, l’inauguration du mémorial de la Shoah en 2005 contribue aussi à la reconnaissance, en présence de grandes personnalités telles que J.Chirac et Simone Weil, survivante d’Auschwitz.  

A. La désacralisation de la Résistance par le burlesque : Papy fait de la Résistance de Jean-Marie Poiré

 

  a. Présentation

Résumé

En 1940, les Bourdelle, grande famille de musiciens, refusent de jouer à l'Opéra de Paris devant un parterre de généraux allemands, en particulier Hélène Bourdelle, et se jurent de ne reprendre l'excercice de leur art qu'à la libération du sol français. André Bourdelle se joint à la Résistance mais est tué par sa propre grenade en voiture. A Paris, en 1943, l'hôtel particulier de la famille Bourdelle est réquisitionné par les Nazis pour y loger le général Spontz, commandant en chef de Paris. La cohabitation est difficile puisque les membres de la famille sont très patriotes et sont de plus logés à la cave. Chacun lutte à sa façon contre l'envahisseur à l'exception du fils aîné, Guy-Hubert, qui "cire les bottes des allemands" et est bien peureux, il joue le coiffeur homosexuel. Un jour Hélèna et sa fille Bernadette lors d'une visite à la kommandantur trouvent et aident un aviateur anglais à s'enfuir de la Kommandantur et le cachent dans leur cave. La famille entre ainsi dans une phase de résistance très active. Le grand-père, un ancien de 14-18, semble y trouver énormément de plaisir et Michel Taupin, locataire de Bourdelle, s'efforce de trouver une filière pour que l'Anglais puisse rejoindre Londres. Lors d'une sortie, il se fait prendre dans une rafle, ce qui va toutefois lui permettre d'entrer en contact avec un certain Vincent, un résistant en lien avec Londres et De Gaulle. Dans une action qui se voulait honnête, il compromet sans le vouloir une mission de la plus haute importance effectuée par Guy-Hubert, alias Super-Résistant. D'autre part, un collaborateur actif, Adolfo Ramirez, ancien concierge de l'Opéra qui hait les Bourdelle, devient chef de la Gestapo et après des menaces, veut malmener la famille mais ils sont sauvés par l'amabilité et les bonnes manières du général Spontz. Le point culminant sera la visite à Paris du maréchal von Apfelstrudel (traduction : gâteau aux pommes), bras droit d'Hitler. Les Bourdelle sont invités à le divertir de leur musique lors d'un dîner au château de Montbreuse, mais Taupin doit faire sauter le château où se déroule la soirée. Heureusement, Super-Résistant, donc Guy-Hubert et son grand-père vont intervenir et faire prisonnier le maréchal von Apfelstrudel et Mr Ramirez. Quarante ans plus tard, les principaux protagonistes de cette aventure sont réunis à l'occasion d'un débat télévisé très animé aux "Dossiers de l'Ecran" avec le réel présentateur.

Bande annonce de Papy fait de la résistance, 1983

 

Le réalisateur

jean-marie-poire-382790-2.jpgJean-Marie Poiré, né en juillet 1945 à Paris est le réalisateur de quelques films cultes du cinéma français : Les Hommes préfèrent les grosses, Le père Noël est une ordure, Papy fait de la résistance ou encore Les visiteurs. Il est le fils du producteur de films Alain Poiré et a suivi des études de Lettres jusqu'à la Licence. Il débute dans le milieu du cinéma en travaillant en tant qu' assistant-opérateur des actualités Gaumont. Il travaille également en cette qualité en assistant des cinéastes comme Michel Mitrani, Edouard MolinaroClaude Autant-Lara ou encore Gérard Oury. Ces deux derniers retiennent l'attention car Gérard Oury produisit La Grande Vadrouille en 1966 et qui est un film comique sur la résistance mais néanmoins moins parodique que Papy fait de la résistance, avec un peu plus de sérieux quant à la valeur des résistants, surement dû à l'époque. Quant à Claude-Autant-Lara, il fit le film La Traversée de Paris, à propos du marché noir sous l'occupation. Grâce à Josiane Balasko, Poiré pourra rencontrer la troupe du café-théatre Le Splendid, le début d'une grande collaboration. Comme l'est Le père Noel est une ordure, Papy fait de la résitance était d'abord une pièce de théâtre créée par cette troupe, mais adaptée au cinéma.

Le titre :

Papy fait de la résistance fait référence au grand-père Bourdelle qui a participé à la Grande Guerre et est totalement contre l'installation du général chez lui. Il est d'ailleurs, avec son petit-fils, la clef du dénouement car ce sont eux qui vont faire arrêter le beau-frère d'Hitler et le chef de la Gestapo et surtout sauver leur famille. Le titre annonce déjà un genre burlesque puisqu'il est relativement familier et certains critiques auraient tendance à dire que l'on ne "fait pas de" la résistance, mais plutôt que l'on y participe ou tout simplement que l'on résiste. 

 


 

Ce film, adapté d'une pièce de théâtre de Martin Lamotte et Christian Clavier, fut réalisé en 1983. Il est dédié à Louis de Funés, mort la même année qui devait jouer dedans Jean-Robert Bourdelle, alias "Papy".

Un film burlesque et caricatural :

 Tout dans le film est prétexte à rire, même si c'est parfois un peu pesant et excessif. Mais la plupart du temps, le sourire apparaît au coin des lèvres devant de joyeuses répliques et des scènes absurdes (Villeret en nazi qui chante Julio Iglesias, Jugnot en Gestapo qui se fait arrêter par la Gestapo...). Ce film est une farce satirique censée se moquer non pas de la Résistance mais des films sur la Résistance. En effet, dans ce film, tous les personnages sont caricaturés qu’ils soient résistants, collaborateurs, généraux ou soldats allemands. Dans un film critiquant la Résistance, on n’aurait pas pu voir une satire touchant tous les personnages : allemands, collaborateurs et résistants. 

Tout d’abord, le Général Spontz et ses soldats. Il emprunte son nom au colonel des aventures de Tintin, le colonel Sponz, ennemi juré de Tintin et du Capitaine Hadock. Il est tourné en dérision lorsqu’il présente son chat comme un grand militaire décoré par la Wermacht et lorsqu’il s’éprend de Mademoiselle Bernadette Bourdelle. Leur relation est tournée elle aussi en dérision lorsque l’on peut voir par exemple le général avec du rouge à lèvre après avoir embrassé Bernadette et surpris par Ramirez. Il apparaît attendrissant et non effrayant comme devrait l’être un général. Quant aux soldats, leurs gestes sont accentués voire amplifiés à la démesure comme par exemple lorsqu’ils montent chercher la famille Bourdelle pour les faire descendre à la cave. Lors de quelques scènes d’actions, ils paraissent cependant un peu plus crédibles quant au maniement de leurs armes.

Ensuite, venons-en à la famille Bourdelle et les résistants. Tout d’abord les figures emblématiques de la Résistance dans le film sont Papy, Michel Taupin, Super-Résistant et l’anglais bien qu’on ne le voie pas souvent. L’anglais est le seul qui parait crédible grâce aux scènes d’action dont il est l’instigateur. Papy apparaît lui comme un résistant certes actif mais très insolent envers les allemands. Enfin, Michel Taupin est le résistant du film le plus caricaturé et risible non seulement par ses actions mais par sa maladresse comme lorsqu’il doit poser une bombe pour tuer les allemands, il ne sait plus qu’en faire jusqu’à ce qui la pose sous la table du banquet ou il est convié. Super-Résistant (référence à Super-Man) parachève la caricature des résistants du film avec son costume de super héros pour agir contre les allemands. Ses actions semblent parfois actives mais sont risibles aussi comme lors de l’attaque du général Spontz avec un pistolet à fléchette.

Enfin le collaborateur Ramirez est totalement discrédité tout au long du film complètement humilié par la famille Bourdelle. Il parait comme un homme poursuivit par la malchance, non reconnu par les militaires en tant qu’agent de la Gestapo ce qui le pousse à s’énerver à chacune de ses interventions. Il n’arrive pas à exercer son autorité.

Les rôles de dominateur que devrait posséder les allemands et les collaborateurs sont souvent inversés avec la famille Bourdelle qui se sert du général pour se venger de Ramirez ou bien lorsque le général se met à supplier La Bourdelle de chanter pour lui et ses hôtes. On peut voir aussi à travers le film, certaines scènes qui se retrouvent dans les films sur la Résistance comme par exemple le parachutage d’arme ou bien encore l’aide apportée à un résistant pour s’enfuir ou enfin les tentatives de sabotage et de meurtres. Tout ceci est encore une fois tourné au ridicule dans des situations burlesques et hilarantes avec les personnages complètement sortis de leurs cadres.

Un film à gros budget qui fit polémique :

Bien qu’apprécier par le public, le film fut remis en cause par la presse. Peut-on se permettre de parler ainsi de la résistance ? disait-on à l’époque de la sortie du film. Ce qui fut accepté dans les années 80 à la sortie du film ne l’aurait jamais été en 1950-1960. Les séquelles de la guerre étaient nettement plus présentes et ce sujet était devenu tabou et où comme le disait Georges Pompidou, " les Français ne s’aimaient pas ". La critique aurait été plus virulente de la presse mais aussi du public. En effet à première vue, le film ridiculise les résistants avec les personnages de Michel Taupin et de Super-Résistant. Se moquer d’hommes morts au combat quelques années plutôt aurait été impensable pour les gens de l’époque.

Enfin, le final est mis en place pour montrer la caricature de tous les personnages durant le film par la présence de ses derniers, (présentés comme de réels héros dont ont a narré l’histoire dans le film précédant cette émission) sur le plateau de l’émission Les dossiers de l’écran, émission de l’époque du film. Les protagonistes se défendent du rôle et de l’aspect qu’on leur a donné dans le film et critiquent la véracité des faits présentés.

La production de Papy fait de la résistance a coûté très cher, environ 30 millions de franc et a réuni une pléïade d'acteurs impressionants.  Pour le rentabiliser, le cinéaste et le producteur ne pouvaient se contenter « de dire aux gens que le film est formidable» (tiré des secrets de papy dans les bonus du DVD), ils ont donc fait un très beau casting avec « pratiquement une star pour chaque rôle » (tiré des secrets de papy dans les bonus du DVD) pour attirer le public. Cette « stratégie », si l'on peut dire, a très bien fonctionné. En effet l'accueil du public rien que le jour de sortie fut très encourageant. Le film fit donc un très grand nombre d'entrée et resta longtemps en salle. Rien que sur la région Parisienne le film fit la première semaine 313 172 entrées et jusqu'à la fin d'exclusivité 927 566 entrées. Il resta treize semaines en salle.L’un des points fort du film est que chaque personnage à un caractère précis et différent des autres. Michel est peu courageux mais il le devient par la suite. Papy est nerveux mais garde un humour et une répartie formidable. Spontz est méticuleux et fier de montrer sa culture .Ramirez est un peu le « dindon de la farce » aussi bien des allemands que des français. Guy-Hubert est peureux contrairement à son double. Bernadette est rebelle et insultante. Helena n’aime pas cacher ses talents de cantatrice. Mais l'accueil « des critiques fut plus mitigé » (tiré des secrets de papy dans les bonus du DVD). En effet plusieurs pensaient qu'il était inacceptable de parler de cette époque de notre histoire et d'en créer une comédie. Pour eux, ce film tournait la résistance en ridicule et était presque une insulte. D'autres, au contraire, ont beaucoup apprécié Papy fait de la résistance.

 

   b. Analyse d'une scène




Cette séquence débute avec l'arrivée du général Spontz devant la demeure le général qui vient d'être victime d'un attentat. Elle va se concentrer sur Super-Résistant : ses actions et son apparence. C'est sa première apparition dans le film. Nous avons choisi de faire commencer l'analyse avec l'arrivée du général et de la terminer avec le retour de Super-Résistant chez lui par un passage secret au musée de l'art gothique. Cette scène est divisée en 28 plans. 

Les protagonistes sont, dans leur ordre d'apparition sont le général Spontz, Super-Résistant et son complice un nain, le général qui vient d'être victime d'un attentat et des figurants, des soldats allemands. Hormis le Super-Résistant qui est habillé de manière ostentatoire et excessive : un chapeau haut-de-forme, un masque et une cape, un mélange entre Zorro, Superman et Fantomas. Les autres personnages sont habillés normalement : les soldats et les généraux avec uniformes et le nain avec un long manteau beige et un chapeau melon. Leurs voix dressent aussi leurs portraits. Le général attaqué a une voix tremblante, plutôt aigüe qui par moment ressemble à un bêlement, elle caractérise un personnage sous le choc, à bout de nerf mais surtout, ivre. Le général Spontz a une voix qui porte et qui devient même caricaturale lorsqu'il dit "Super Résistant, qui est-ce ?", ce ton ressemblant à une emphase dramatique. Sa voix, plutôt grave, et son allure lui procurent une posture imposante qui attire la sympathie du spectateur (déjà amorcée auparavant par ses actes généreux envers la famille Bourdelle). Quant à Super-Résistant,

- 1er plan : c'est un plan d’ensemble avec une légère contre-plongée qui présente en tout 3 soldats allemands qui accueillent le général dans les règles (lui ouvrent la porte, le saluent…). Un soldat reste, il n’y a plus d’action pendant une demi-seconde, pas de mouvement de caméra afin de mettre en valeur la voiture qui avance dans l’arrière-plan avec une musique angoissante. 

- 2ème plan, il y a un plan de demi-ensemble sur cette voiture, un raccord dans l’axe qui permet de voir nettement les personnages : un nain sort et après avoir vérifié, avec un regard hors-champs qu’il n’y a pas de danger, toque à la vitre pour prévenir Super-Résistant qu’il peut sortir. Une fois sorti, il regarde le nain et se répondent tous deux par un acquiescement de la tête et Super-Résistant s’enfuit. Le plan de demi-ensemble permet donc d’identifier les personnages sans pouvoir voir le cadre spatial, ce qui crée un effet d’attente sur le spectateur qui se demande lui aussi s’il y a un quelconque danger, ce qui est totalement dérisoire. En effet, outre les personnages en eux-mêmes, les gestes exagérés (l’acquiescement, toquer à la fenêtre, la musique), le fait de ne pas encore connaître les personnages ne nous laisse pas imaginer qu’ils puissent être l’élément résolveur de tout le film.

 - 3ème plan : par un mouvement cut, ce plan représente le général Spontz en plan américain dans un angle plat et la caméra le suit dans ses mouvements par un mouvement latéral de gauche à droite, qui le donne à voir de dos. La musique toujours grandissante et dramatique crée du suspens et attise la curiosité du spectateur .

- 4ème plan : Il s’enchaîne au 3ème par un raccord dans le mouvement, on voit rentrer le général dans une pièce dans le précédent et dans celui-ci on le voit en plan rapproché poitrine. Le général balaye la pièce avec un regard hors-champs un peu surpris retardant toujours l’action et dès qu'il rentre dans la chambre, la musique s'arrête.

- 5 plan : Grâce à un raccord regard, on voit dans ce plan ce que Spontz lui-même voit, c'est-à-dire un plan d’ensemble sur une chambre chaotique, sombre, en cendre avec un homme allongé sur un lit et un soldat debout à ses côtés. Puis, toujours sans mouvement de la caméra, le général entre dans le champ. De dos, il marche jusqu’à être en face de l’ancien général.

- 6 plan : Là, le général Spontz est vu en plan rapproché poitrine en contre-plongée, certainement selon le point de vue de l’ancien général. Cela représente la position de faiblesse dans laquelle se trouve l'ancien général. Derrière le général Spontz, le tableau de travers et le tag que l'on entrevoit lorsqu'il se baisse rend bien compte du chaos qui règne.  

- 7 plan : Par le raccord regard, la caméra se fixe alors en plongée sur l'ancien général qui est vu en plan rapproché, couché afin d'observer à la fois l'état de son lit, mais aussi ses expressions pour le moins comique : il vient d'être la cible d'un attentat et il ne trouve rien de mieux à faire que boire d'une part et de plaisanter sur les aléas de la vie qui ont fait qu'au lieu de partir comme il l'aurait du, il a fait une sieste "bêtement". 

- 8 plan : D'une seconde, ce plan a pour but de montrer la réaction du général Spontz face au propos du général attaqué. Il semble soucieux mais reste tout de même impassible. En arrière plan, le message sur le mur devient plus visible. 

- 9 plan : Le gros plan sur le visage du général dans le lit dans un angle plat permet la bonne vision de la brulûre que la bombe lui a causé à la joue. Mais ceci est irationnel et absurde : comment, une bombe qui aurait dévasté la chambre entière, n'aurait pu brûler qu'une partie de sa figure alors qu'elle se trouvait à quelques centimètres seulement de cette dernière ? La tête aurait tout simplement explosé avec la bombe. 

- 10 plan : Puis, par un mouvement cut, le prochain plan est à l'extérieur par une grande contre-plongée qui fait apparaître un bâtiment et un homme tout en haut qui lance une corde qui se déroule jusqu'à nous dans notre direction avec la continuité de la musique au début de la scène. 

- 11 plan : Il y a un retour à l'intérieur avec le général Spontz qui commente le tag sur le mur mis en valeur par le cadrage, en posant une emphase dramatique "mais ce Super-Résistant, qui est-ce ?" . A cette question, un officier allemand s'avance et lui tend des photographies. Il y a toujours cette même musique angoissante, avec un son légérement diminué pour faire ressortir les paroles des acteurs. 

- 12 plan : Par un raccord regard, ce plan présente les photographies en contre-plongée et gros plan. Ce mouvement de contre-plongée implique le spectateur qui a l'impression de faire partie intégrante de l'histoire, d'autant plus que sur les photographies Super-Résistant le regarde. 

- 13 plan : Retour à l'extérieur, avec la même contre-plongée sur le bâtiment. Cette fois, l'homme qui se trouvait en haut est plus facilement identifiable, il s'agit de Super-Résistant. Il descend du bâtiment à l'aide de la corde précédemment lancée, de façon très éxagérée. De même la musique est amplifiée, comme si l'on assistait à un réel danger, un grand événement. Il fait de larges bonds pour descendre qui semblent de plus être au ralenti. 

- 14 plan : Toujours dans l'optique du montage alterné, le plan retourne à l'intérieur avec le général Spontz qui s'adresse à l'autre général en dénigrant le résistant : "Ce masque, c'est un guignol ! ". 

- 15 plan : Puis, on voit le résistant de dehors en contre-plongée qui s'apprête à rentrer dans la pièce. 

- 16 plan : Par le raccord mouvement de son imminente entrée, on le voit ici entrant dans la pièce, fracassant la fenêtre.

- 17 plan : En parallèle, le général Spontz vu de dos en plan rapproché épaules, se retourne dans une expression de surprise totale.

- 18 plan : Le super-résistant repart en arrière.

- 19 plan : Un nouveau raccord mouvement avec une vue de contre-plongée le met en scène retournant sur ses pas.

- 20 plan : Puis un deuxième raccord mouvement, le montre ayant atteri de l'autre côté de la rue sur l'immeuble d'en face. Ce point de vue est celui de quelqu'un à la fenêtre, certainement celui de Spontz. 

- 21 plan : C'est donc par un raccord regard qu'après avoir observé ce que voyait Spontz, on observe comment il le voit. Il apparaît en plan rapproché avec une expression tendue, surprise et outrée.

- 22 plan : Un nouveau raccord regard permet le plan rapproché poitrine sur le Résistant qui est mis en valeur par un fond blanc. Il tient une arme à la main et déclare "Bienvenue à Paris, général Spontz", d'une voix qui est faussement chaleureuse puisque narquoise et ironique. On voit sa munition partir.

- 23 plan : Par le raccord mouvement de la munition, ce plan-ci montre la réception de Spontz de cette dernière qui l'a reçu en plein front. Cette munition n'est en faite qu'une simple ventouse qui se déroule et fait apparaître un petit drapeau français. Le gros plan sur Spontz permet d'apprécier son visage ébété, il est sans mots et parait ridicule. Dès que la munition a atteint sa cible, la musique s'arrête brusquement avec le bruit de la ventouse, annoncant le caractère pathétique de ce plan, dans lequel on s'attendait à une réelle balle qui le transpercerait, d'où cette musique alarmante alors que c'est seulement une ventouse qui vient le frappait. Il a ensuite un regard hors-champs vers le général Spontz. 

- 24 plan : Avec le raccord regard, apparaît le général, ivre et moqueur. 

- 25 plan : Sa moquerie provoque l'énervement de Spontz, qui n'aime pas être tourné en dérision. On le voit en plan rapproché qui casse en deux la ventouse avant de déclarer qu'il aura ce résistant en 15 jours et là reprend la musique. Derrière lui courent des soldats, qui s'apprêtent à poursuivre le résistant. 

- 26 plan : Apparait Super Résistant en plan d'ensemble du point de vue des soldats à la fenêtre. Super-Résistant soigne sa disparition en se retournant une dernière fois avec un rire machiavélique. Puis il s'en va. Là démarrent les coups de feu, inutiles. 

- 27 plan : Alors on voit par le raccord avec les munitions, les trois soldats à la fenêtre. 

- 28 plan : Puis, un mouvement cut à l'intérieur d'un bâtiment met en scène l'arrivée triomphale du Résistant qui court jusqu'à une entrée, la caméra le suit avec un mouvement panoramique de gauche à droite et bas-haut ainsi qu'un léger zoom. Là le Résistant s'arrête devant une porte "Musée de l'art gothique", prend un clef qu'il avait cachée pour y entrer et la musique s'arrête très brusquement représentant le retour à la réalité qui s'entreprend pour le Résistant dès qu'il retourne chez lui, c'est à dire être un coiffeur effeminé que l'on croit peureux et collaborateur. 

C'est donc une Résistance tournée en dérision qui est représentée dans cet extrait puisqu'elle est représentée en grande partie dans le film par cet homme (même s'il y a d'autres résistants, mais tous aussi ridicules les uns que les autres, à l'exception de l'anglais). Dans cette scène, il est d'abord représenté dans un costume de Super héros, ce déguisement est plus qu'éxagéré sans compter le message profanatoire au mur de la chambre du général qui est pour le moins immature et vulgaire "Bon voyage gros cul" . Ce message, comme l'est aussi la ventouse envoyée à Spontz possède un caractère immature, enfantin. Sans oublier le caractère dramatique de la musique dès qu'il est question de ce résistant qui est le début du finale (Stürmisch bewegt) de la Première symphonie de Mahler. La Résistance ici s'apparente donc à un jeu avec des plaisanteries, des gamineries. Le nom de Super-Résistant contraste très largement avec sa personnalité, infantile et puérile. D'autre part, il y a certaines incohérences comiques dans l'extrait : la bombe déposée sous l'oreiller qui détruit la chambre mais pas le général, les allemands qui s'entêtent à tirer alors que le Résistant a déjà disparu. Même si l'on peut qualifier ses actes de courageux : il risque sa vie, il est assailli par des coups de feu (qui sont très en retard), il a voulu commettre un meurtre et provoque des allemands gradés, on peut tout de même déclarer que la Résistance est ici bel et bien banalisée et tournée en dérision. 

Commentaire d'une séquence filmique

 

 

Le dénouement bien sur inattendu est que l’histoire que le spectateur vient de voir était en fait un retour en arrière car le film est projeté dans une émission du genre Les Dossiers de l’Ecran. Les personnages, 40 ans plus tard, s’engueulent toujours. Chacun a sa version des faits et le film se termine alors par une empoignade à cause de laquelle l’animateur, Alain Jérôme est obligé de mettre fin à l’émission. La fin avec les personnages dans la voiture et la voix off était donc une fausse fin.

Avec un zoom arrière sur le générique de fin du film et la célèbre musique des Dossiers de l’Ecran en fond, l’animateur affirme que ce film est l’image d’une des époques les plus difficiles et douloureuses puis présente tour à tour les personnes présentes : Bernadette, qui  balance la tête de gauche à droite, ce qu’elle fera tout au long de l’émission, Guy-Hubert qui sourit comme timidement ou de façon niaise ou encore comme s’il était flatté, Ramirez Junior, bolivien, le fils de Ramirez sans aucune expression, le général Spontz, impassible et qui continue à avoir comme dans le film son air sympathique et amical et enfin, Michel Taupin devenu Ministre des Anciens combattants.  Dans cette émission il y aura d’une part le procès d’un film non fidèle à la réalité et le procès des personnages présents par Ramirez Junior qui les présentera comme pas si « blanc » que ça et comme des résistants avec des failles.

Michel Taupin s’exprime le premier (il y a d’ailleurs comme le dira Ramirez Junior un temps de parole inégale, puisque Mr Taupin a souvent la parole)  et dit que les faits ont « été odieusement caricaturé[e]s pour ne pas dire grotesque »  comme le demi-frère d’Hitler, joué par Jacques Villeret. Mais comme le dit Jean-Marie Poiré, ce film n’était pas un film burlesque sur les résistants mais un film burlesque sur les films qui ont été faits sur la Résistance. Mr Taupin déclare que son personnage n’est pas fidèle à ce qu’il était lui vraiment car il était représenté comme indécis voire parfois un peu peureux et ajoute que la famille Bourdelle vaut bien mieux que ce qui était visible dans le film. De même, Guy-Hubert se plaint de son personnage le qualifiant de ridicule avec un costume de mauvais goût ce qui est totalement dérisoire puisqu’il est lui-même en ce moment, habillé d’un costume avec des couleurs pétantes qui ne conviennent plus à un homme vieux, des cheveux colorés approchant presque le jaune et portant un peu trop de bijoux en or. Il nie avoir participé à la Résistance excepté pour quelques lettres à transmettre, il dit avoir mené une vie tranquille en tant que coiffeur. Ramirez lui aussi conteste l’image de son père dans le film. Il s’exprime en « bolivien » (soi-disant),  et les autres protagonistes comprennent par le biais d’oreillettes qui interprètent  jusqu’à ce qu’Alain Jérôme lui demande s’il sait parler Français. A ce moment, il répond oui, bien sûr.  Il continue en disant que son père était en fait un faux collaborateur et qu’il souhaiter seulement infiltrer la Gestapo, c’était un soi-disant agent double. Michel lui réplique qu’il est lui alors un agent du KGB, et les autres rient puisqu’ils sont bien entendu contre Ramirez Junior et pour Mr Taupin. L’ancien général dira lui aussi que les faits sont faux, il dit n’avoir jamais participé à une réunion de SS, il participait à ce moment là à Luchon à une cure contre le froid. Quant à Bernadette, elle dit que le film a confondu son histoire avec celle de sa sœur, Colette qui vit d’ailleurs désormais avec Mr Mc Bureth et élèvent des porcs, d’où leur absence.

Enfin, tout au long, Ramirez junior va contribuer à la dénonciation de leurs comportements malsains, réalité ou simple fabulation de son père qui avait un réel désir de vengeance ? Ramirez déclare que le mariage de Bernadette et Spontz était déjà bien consommé et il mime la situation dans laquelle son père avait trouvé ces deux amants avec un geste obscène et un reniflement très vulgaire qu’il refera à plusieurs reprises et qui contribue au comique de la situation et des gestes. Bernadette se mettra alors à l'insulter de "sale bougnoul" et Ramirez enchainera par les déboires de "la grosse Bourdelle", que l'on suppose défunte. Ceci est la goutte de trop car ils appréciaient tous Héléna Bourdelle à tel point que sa fille, Bernadette, quittera le plateau avec une sortie remarquable : elle crie sur Ramirez, sur son mari et même sur le présentateur. Puis ses accusations se porteront sur le ministre, qui aurait d'après lui profitéd de sont statut de Résistant et de ministre car il se serait "mis 2 millions de francs qu'André Legoin avait apporté à la Résistance". Puis vient le tour de Guy-Hubert, énervé comme les autres mais qui l'exprime de façon très étrange puisqu'il déclare qu'il va crier très fort mais se dresse en fait sur son siège avec un cri qui ressemblerait plus à un aboiement et avec une position de primate. Là, Ramirez cible alors sa dernière victime, en déclarant que Super-Résistant aurait étranglé son camarade, le nain Enrique qui avait une liaison avec sa soeur(Bernadette ou Colette). Le film montre bien Guy-Hubert qui empêche sa soeur d'embrasser un homme, car il la "souille", mais c'était l'anglais, Mr Mc Bureth et non le nain. Enfin, Guy-Hubert s'énerve et insulte Ramirez et réciproquement. Alors là commence une guérilla entre Ramirez et Guy-Hubert et Michel Taupin. Ces deux derniers le mettent à terre et le frappent. Le présentateur est alors obligé de couper, ce qui fait le charme de cette scène est l'improvisation. La bagarre à la fin n'était pas prévue, le présentateur a donc réellement été surpris et a coupé. 

Cette originalité d'ajouter au film une émission qui se passe 40 ans après, accroit l'objectif du réalisateur qui est de caricaturer les films portant sur la Résistance et de montrer dans ce débat que les faits sont discutables, qu'il y a plusieurs vérités et qu'en tant que résistants, on n'est pas forcément "blanc comme neige". D'autre part, la touche comique ajoute de la continuité au récit, peuvent être cités : les répétitions que font les protagonistes pour insister sur une idée, Ramirez Junior qui commence par parler bolivien alors qu'il parle français, les reniflements vulgaires à plusieurs reprises de ce dernier, les gestes obscènes, les insultes, les cris, les jeux de mots ("demandez le plutôt...à ma femme)...etc. Autant d'éléments qui apportent un caractère comique à une scène censée être plutôt sérieuse étant donné un sujet qui se veut historique : la Résistance. 

 

   c. Analyse de l'affiche

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L'affiche présentée sur fond blanc annonce directement le genre : la comédie ainsi que les acteurs qui sont de grands emblêmes de ce genre et leur représentation sur l'affiche est typique de la comédie.

Les couleurs sont blanches, franches et gaies, il y a beaucoup de sourires sur les visages même si cela est loin d'être l'unanimité, symbole encore du genre comique.

Le premier plan présente 19 têtes, ce qui est beaucoup pour une seule affiche. Elle présente les acteurs principaux au centre et plus l'on s'éloigne, plus les rôles sont mineures. Cependant, l'affichiste choisit tout de même de les mettre car même s'ils sont mineures, les personnages sont joués par des acteurs majeurs comme Thierry Lhermitte permettant la promotion du film. Ils sont tous fidèles à leur représentation dans le film et sont serrés, ce que provoque le sourire de l'observateur. La plupart des personnages regardent en direction de l'observateur à l'exception faite de trois personnages sans réelle explication. Les images des acteurs sont créées à partir de photos, et ont été modifié tel qu’il peut s’apparenter à une peinture.  On note paradoxalement que « Papy » (Michel Galabru), sur l’affiche comme dans le film, apparaît en retrait par rapport aux autres personnages. Une voiture, une citroën, qui appparait souvent dans le film est représentée tout devant comme si tous les personnages se retrouvaient serrés dans celle-ci. Un détail qui est peut être anodin est la plaque d'immatriculation avec les lettres RF, qui font penser à République Française mais ceci est peut-être juste un hasard.

L'arrière plan est divisé en trois : au centre, Super-Résistant présenté comme un héros à la façon d'une parodie de Zorro ou Batman devant la Tour Eiffel. Il est dans le film la figure de la Résistance même s'il y est tourné en dérision tout le long. A droite se trouve la campagne, avec des arbres, correspondant très certainement au château où a lieu la réception du général Von Apfelstrudel et le dénouement du film. Le ciel est bleu, couleur de la paix et des avions le traversent. A gauche, le ciel est noir et on peut distinguer des drapeaux rouges nazis avec la croix gammée devant l'Arc de Triomphe avec là aussi des avions dans l'air. La partie sombre nazie de gauche est reliée à la partie qui semble libre à droite est reliée par une demi-cocarde à la façon d'un arc-en-ciel. Et encore, ce n'est pas une réelle cocarde puisque le bleu et le rouge ont été inversé, véritable erreur ou seulement une façon de montrer le comique du film qui ne cherche pas à être fidèle à l'histoire mais à caricaturer les films qui ont déjà été fait sur la Résistance.

Les noms des acteurs sont très visibles car c'est un atout important pour le film. Le titre est mis en valeur par sa taille et ses couleurs, celles du drapeau français. Et un commentaire déclare "Le film qui a coûté plus cher que le débarquement ! ", ce qui est totalement invraisemblable puisque même si Papy fait de la Résistance a utilisé des fonds considérables pour la production, on ne peut pas chiffrer le coût du débarquement. Ce commentaire a en fait une valeur d'accroche car le spectateur veut voir ce que ce film à gros moyens a à présenter.

Cette affiche annonce donc très clairement son envie de banaliser la Résistance et de la caricaturer. Il ne cherche pas à être objectif par rapport à l'histoire (par exemple il invente l'histoire comme quoi Hitler aurait un beau-frère) tout en respectant certains critères historiques pour rendre le film un minimum cohérent. Avec cette affiche, l'observateur sait tout de suite qu'il pourra rire durant le film.

Uranus, 1990.


   1. Présentation 

Résumé 

Après la libération, au printemps 1945, la petite ville de province auvergnate ravagée par les bombardements devrait se réjouir que la guerre soit terminée mais c'est l'heure des réglements de compte entre les collaborateurs et les communistes. Archambaud, ingénieur, qui héberge déjà le couple communiste Gaigneux et le professeur Watrin, sans logement depuis les bombardements, accepte de cacher l'ancien collaborateur Maxime Loin, très recherché alors qu'Archambaud ne partage pas ses idées. L'école elle aussi fut bombardée, c'est pourquoi Watrin fait classe dans une salle de café tenue par Léopold, alcoolique et violent mais qui grâce aux cours de Mr Watrin se voit pris de passion pour la poésie et se prend pour un poète talentueux alors qu'il est illétré. Léopold voulant donner une petite leçon de politesse au cheminot communiste Rochard en le malmenant un peu en publique se voit accusé de cacher Maxime Loin par Rochard qui se venge. Jourdan appuye Rochard et fait arrêter Léopold même s'il sait la déclaration de Rochard fausse, c'est pour sauver l'image du PC. Seulement, il prend conscience de son erreur grâce notamment à Gaigneux et s'en prend à Rochard, envisageant même son exclusion du parti. Rochard change de camp lors de l'emprisonnement de Léopold en tenant à sa place le bistrot. Léopold fait ensuite appel à Monglat, affairiste qui a pratiqué le marché noir durant l'occupation et empocha des millions, mais celui-ci ne souhaite pas l'aider, il haït ses semblables et même son fil, Michel, dont il s'est servi pour ses affaires. Alors que l'on fête le retour des prisonniers de guerre (dont le fils de Mr Wagner fait parti), la fille des Archambaud, Marie-Anne, surprend la liaison de sa mère avec Maxime Loin. Il paraitrait qu'elle éprouve elle-même une attirance envers lui en plus de fréquenter le fils Monglat, Michel et d'entretenir des relations floues avec Gaigneux puisqu'elle semble le repousser tout en le séduisant. Un soir, Léopold, ivre, hurle sur la place publique avec un haut parleur et une trompette ses ressentiments envers l'hypocrisie et la lâcheté de ses concitoyens, et insère même quelques noms et des secrets qu'il aurait du garder pour soir comme celui du marché noir de Monglat. Monglat, influent, intervient donc pour que Léopold soit arrêté mais ce dernier refuse de suivre les gendarmes et les agresse, il est donc abattu. Le film se termine par l'arrestation finale de Maxime Loin : Gaigneux qui croyait trouver la fille Archambaud par qui il est attiré, jouant du piano, trouve à la place l'ancien collaborateur. Maxime Loin se laisse d'ailleurs conduire auprès des autorités par Gaigneux, sans même essayer de prendre la fuite. La dernière scène est celle de Maxime Loin marchant à côté de Gaigneux, ils croisent Mr Archambaud et Mr Wagner. Mr Archambaud confie à Mr Wagner la culpabilité qu'il ressent : s'il avait dénoncé dès le début Maxime Loin, Léopold serait toujours vivant. Puis ils terminent tous les deux en philosophant sur la nature humaine, sa faiblesse, son hypocrisie et sa corruption mais surtout sur la beauté de la vie et le mot final qui est "Uranus". 

Bande annonce de Uranus, 1990. 

Le réalisateur :   

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Claude Berri (1934-2009) est né à Paris de parents juifs, son père éait fourreur et sa mère ouvrière. Il exercera brièvement le métier de son père mais suivra des cours de théâtre en parallèle. Claude Berri a joué pour la première fois au théâtre dans les Mardi du Théâtre Caumartin, sous la direction de Jacques Pierre (devenu réalisateur de télévision) et Jacques Ruisseau.  Considéré comme l'un des grands producteurs et réalisateurs de l'histoire du cinéma français, connu récemment pour être le producteur d'Asterix et Obelix : Mission Cléopatre et De Bienvenue Chez les Ch'tits, Berri est aussi un grand amateur d'art moderne et contemporain, auquel il dédie l'Espace Claude Berri, qui ouvre ses portes à Paris le 21 mars 2008.  En 2004, il devient président de la Cinémathèque française. Par ailleurs, il fera un autre film sur la Résistance, Lucie Aubrac, en 1997 qui relate de vrais faits, l'histoire de la vie de cette femme (connue pour être celle de Raymond Aubrac) sous l'occupation.

 Le titre : 

Le titre du film vient d'une anecdote racontée par le professeur Watrin à Archambaud et Maxime Loin, venus lui demander sa "recette du bonheur". Il y raconte un bombardement qui tua sa femme un soir d'aout 1945 où il lisait un ouvrage d'astronomie, au moment où il était en train d'étudier la planète Uranus. Il explique dans cette scène que la planète Uranus se rappelle à son souvenir tous les jours à l'heure du bombardement. Le fait d'avoir survécu est donc un miracle et l'observation du monde qui l'entoure le rend heureux. C'est d'ailleurs le dernier mot qui clot le film. 



 

Uranus de Claude Berri (1990) a connu le succès grâce à une distribution brillante et à la verve de Marcel Aymé. On constate que si l’œuvre a été écrite en 1948, il fallut attendre plus de quarante ans pour que le cinéma ose s’attaquer à cette histoire sur les excès de la Libération et de l’épuration.

Pour ce film qui confronte des personnages aux profils très différents, le réalisateur a fait appel à une multitude de comédiens, venus d'horizons très divers. Il réunit ainsi entre autres l'acteur central du cinéma français - Gérard Depardieu, qui vient de triompher avec Cyrano de Bergerac -, de glorieux aînés - Jean-Pierre Marielle et Philippe Noiret -, des comédiens rohmériens - Fabrice Luchini et Florence Darel -, un humoriste à contre-emploi - Daniel Prévost, et un grand acteur de théâtre - Gerard Desarthe.

 

Uranus dans l'oeuvre de Berri est à la fois une adaptation littéraire et une fresque historique. Dans l'oeuvre de Claude Berri on peut ainsi le rapprocher de Germinal et Lucie Aubrac qu'il tournera juste après.

Berri et la Seconde Guerre Mondiale : Sept ans après ce film sur la France occupée, Claude Berri consacrera un long-métrage à la Résistance, en retraçant le parcours de Lucie Aubrac.

petit film intimiste et grosse production - Uranus n’est en effet pas aussi personnel et poignant que Le Vieil Homme et l’enfant (son premier film de 1966) mais moins engoncé dans sa logistique de fresque historique que Lucie Aubrac sorti en 1996. Les années précédentes, plusieurs œuvres s’appliquèrent  à écorner l'image d’une France toute résistante telles que M. Klein de Losey (976), Lacombe Lucien (1974) de Louis Malle ou le documentaire Le Chagrin et la pitié de Marcel Ophüls. L’aura héroïque de la Résistance, indispensable pour souder une nation passée par cinq ans d’occupation était alors indispensable et s’était propagée dans des films presque révisionnistes (spécialement lors de l’immédiat après guerre) même si L’Armée des ombres de Jean Pierre Melville était bien plus subtil et intéressant. Uranus a ceci de particulier qu’il s’attaque spécifiquement à la période plus controversée encore de l’épuration, pratiquement pas traitée au cinéma. Aidé de la plume acérée de Marcel Aymé, Claude Berri va s’appliquer à dépeindre ce moment étrange que vivait la France. 

Un auteur controversé
Un écrivain Aymé des cinéastes Avant Uranus, les oeuvres de Marcel Aymé ont donné lieu à de nombreuses autres adaptations cinématographiques, en particulier dans les années cinquante. Citons La Traversée de Paris et La Jument verte, deClaude Autant-Lara, ou, plus récemment, La Vouivre, de Georges Wilson. 

entre autres, constituèrent autant de jolies réussites que de vrais classiques du cinéma français. La Traversée de Paris justement exprimait la facette ambiguë de l’auteur à travers son héros (joué par Gabin dans la version cinéma) qui profitait des avantages offerts par l’Occupation allemande tout en dénonçant certains comportements révoltants de ses concitoyens. Aymé se faisait presque le reflet de ce personnage, ayant lui-même eu une attitude discutable et déconcertante à cette période. Après avoir tourné en dérision le régime nazi dans ses textes d’avant guerre, durant l’Occupation, il fournit plusieurs de ses écrits (néanmoins dénués de messages politiques) à des journaux collaborationnistes, tout en fréquentant le réalisateur marxiste Louis Daquin et il travailla même un temps sur un projet au sein de la Continentale Films (société de production financée par les allemands durant l’Occupation dont Tavernier narre les aléas dans son excellent Laisser passer). 

Un parcours inclassable qui symbolise parfaitement ce qu'Aymé chercha à traduire dans ses écrits : l’instinct de survie de l’humain prêt à accepter tous les compromis pour ne pas disparaître. Ce qui différenciera les bons des mauvais, c’est le degré de renoncement à ses valeurs, entre la vraie cruauté, le vil profit ou l’indifférence polie. Marcel Aymé ne se place pas au-dessus du lot, loin de là, refusant même la légion d’honneur qui lui est proposée en 1949 du fait de ses antécédents. Fustigeant autant les collaborationnistes que les revanchards de l’épuration, Uranus abordait sans fard cette période plus révoltante encore que l’Occupation. Sondant les tréfonds de l’âme humaine comme personne, Aymé devait évidemment avoir quelques problèmes et l’adaptation envisagée dès le succès de La Traversée de Paris ne vit le jour que bien plus tard, quand les rancœurs s’étaient apaisées, sous la houlette de Claude Berri. 

Ombres et lumières

Très fidèle au roman, le film Suspicion de tous les instants, dénonciations arbitraires baignent le quotidien d’un groupe de personnages formant un microcosme idéal des différents types de personnalités s'étant révélées durant l’Occupation. Les honnêtes gens se sentant coupables de leur apathie quand tout allait mal (Jean Pierre Marielle tout en subtilité), le brave type ayant vaguement traficoté pour arrondir les fins de mois (Gérard Depardieu excellent en bon vivant adepte de la poésie) et les vraies ordures s'étant enrichies au détriment des autres et ayant encore le bras long (surprenant et abject Michel Galabru). Les conflits idéologiques d’alors sont également très bien retranscrits à travers la description des communistes. On y retrouve les acharnés appliquant la doctrine et semant la terreur fort de leur passif de résistants, et également ceux dépassés mais souhaitant réellement changer le pays en prenant le pouvoir. Fabrice Luchini en petit bourgeois étalant sa rhétorique sans nuance ni compassion est brillant, face à lui un Michel Blanc plus mesuré mais tout aussi convaincant.


L’image donnée de cette France encore traumatisée n’est pas bien belle, Berri parvenant par intermittence à disséminer l’ambiguïté des écrits de Marcel Aymé. Ainsi l’ancien collaborateur Maxime Loin (joué par Gérard Desarthe) s’avère mesuré et lucide, ne regrettant pas ses choix et ses erreurs tandis qu’à l’opposé, le communiste incarné par Paul Prévost fait preuve d’une attitude révoltante, calomniant à tout va et abusant de sa légitimité. Les forces de l’ordre aux petits soins des puissants ne valent guère mieux. En dépit de ses diverses qualités et son audace, l'oeuvre de Berri souffre de la comparaison inévitable avec l’autre grand film tiré de Marcel Aymé sur la période, La Traversée de Paris. Le ton grinçant, drôle et pathétique de ce dernier s’estompe sous la patine trop manichéenne et didactique du scénario écrit par Berri et Arlette Langmann. Là où les dialogues du classique de 1956 claquaient comme des fouets car idéalement insérés aux différentes situations rencontrées, ceux d'Uranus (pourtant très fidèles) lourdement amenés cèdent au monologue démonstratif et sentencieux. 

Chose vraiment regrettable au vu des prestations époustouflantes d'un casting de luxe, notamment Philippe Noiret (Watrin) résigné et poignant lorsqu’il explique son détachement des choses de la vie suite aux pertes douloureuses qu’il a subies. Néanmoins l’essentiel est préservé, telle cette conclusion cinglante et ironique où, en voulant épargner une exécution sommaire à un personnage coupable, Marielle (Archambaud) provoque bien malgré lui la mort d’un innocent


  2.Analyse d'une scène

Uranus est un film plus axé sur le dialogue que les actions, c'est pourquoi il est difficile de faire une analyse cinématographique pertinente sur des extraits de ce film. Les extraits qui suivent ne seront donc pas analysés mais commentés. 

   

 

 

L'extrait commence à partir de l'entrée d'Archambaud dans la chambre de Watrin à qui il la loue car ce dernier a perdu son logement lors des bombardements de la guerre. Ce passage est un dialogue qui présente bien les revers de veste, les réglements de compte qui ont eu lieu après la libération et l'hypocrisie des hommes dans leurs idées. 

-         -  J’ai passé mon après-midi dans les champs. J’ai corrigé un paquet de copies, couché dans l’herbe. La journée était tellement belle. Vous n’imaginez pas mon bonheur.

-          - Eh bien moi j’ai souffert au contraire. Il y avait une réunion à la direction où on devait voter pour des travaux d’aménagements. Eh il a suffit que Leroy soit contre le projet pour que le patron, tout le monde s’incline presque honteusement, tout ça parce qu’il a un frère qui est mort à Buchenwald et que l’autre écrit dans Combats. Comme si à lui tout seul il incarnait la Résistance.

-          - Ils ont du se compromettre, sous l’occupation.

-          - Meuh non, ils n’ont pas été compromis. Simplement maréchaliste, mais sans tapage. Et encore, maréchaliste c’est même pas le mot. Ils ont cru à l’utilité de la collaboration et du gouvernement de Vichy et certains y croient encore. Moi je croie encore dur comme fer à ce que j’ai cru sous l’occupation, j’en ai pas honte. Et pourtant j’étais pas dans mon assiette devant ce Leroy.

-          - C’est peut-être tout simplement un peu d’hypocrisie de votre part ?

-          - Hypocrite ? Je serais hypocrite ? Sûrement oui… Mais alors la France entière est hypocrite. D’un côté il y a tous ceux dont je fais parti qui n’osent plus afficher leurs opinions et puis de l’autre ceux qui affectent de croire que ces idées-là n’ont jamais existé. On réduit des millions d’individus à des poignées de vendus !  C’est un mensonge colossal ! A en croire les journaux, il n’y a eu que des résistants. Mais la vérité c’est qu’il y en a un bon nombre qu’ont tourné leur veste à la Libération, voilà la vérité.

-          - Il y a des époques où le meurtre devient un devoir et d’autres qui commandent l’hypocrisie. Le monde est très bien fait. Il y a dans l’homme des ressources qui ne risquent pas de se perdre.

-          - Vous êtes un homme mystérieux. Il y a des gens indifférents à tout qui voient d’un même regard le meilleur et le pire. Vous, c’est avec les yeux de l’amour et de l’admiration que vous voyez tout. Ca doit être bien agréable.

-          - C’est un grand bonheur.

-          - Je vous envie. Vous devriez me passer votre recette.

-          - J’essayerai de vous la passer. 

 

Cet extrait se situe après la mort de Léopold qui fut indirectement causée par Monglat, soucieux de préserver sa réputation. Comme Léopold était intervenu dans la rue, criant que Monglat s'était enrichi de sommes colossales avec le marché noir, Monglat, riche et influent demanda son arrestation. Léopold résista, ce qui lui valut la mort. 

Cette scène débute avec une caméra en plongée sur les pieds du fils Monglat, statique avec son père qui lui demande la raison de sa venue. Le fils Monglat est tendu, à bout de souffle tandis que son père est interrogateur quant à son attitude. Le fils fait une demande bien étrange puisqu'il lui ordonne d'écrire une lettre de suicide, il compte donc tuer son père. Monglat semble surpris mais pas appeuré, il semble connaître suffisamment son fils pour lui donner les arguments nécessaires qui le dissuaderaient de le tuer. Le spectateur y découvre un personnage peu louable : il s'est enrichi avec le marché noir tout en se servant de son fils comme couverture, l'envoyant au maquis et il semble n'épprouver aucune affection pour son fils, ni pour lui-même, il est sadique car il dit de lui-même "sa seule joie c'est la souffrance des autres". Monglat fait bien comprendre à son fils qu'il est assez influent pour faire jeter son propre fils en prison et que c'est grâce à lui qu'il n'est pas actuellement chauffeur de taxi. Le fils lui répond "tu es une ordure" d'un ton dominé, son père a repris sa position de force. Il lui répond à cela avec un regard dédaigneux qu'il ne le connait toujours pas. Il le qualifie à plusieurs reprises avec des adjectifs dépréciatifs, rabaissants : bête, imbécile... Puis commence son monologue sur ses plaisirs dans la vie qui se résument en quelques mots,la souffrance des autres et il développe cette thèse : les dénonciations pour une place au soleil, les fusillés, les juges bien dégueulasses, les résistants besogneux...etc.  Monglat reconnait qu'il n'a plus d'amis, plus de plaisirs à part ceux sadiques mais il revendique qu'il est influent, riche et reconnu des grandes personnes. Le fils Monglat s'exclame "tu ferais pas ça" lorsque son père lui fait parvenir l'idée qu'il pourrait faire tuer le collabo. Comment peut-il s'en douter ? Son père a déjà voulu faire mettre en prison Léopold, fait des menaces à son fils mais surtout, il a voulu juste auparavant tuer son père, ce qui est un acte cruel en comparaison de la vie d'un collaborateur inconnu, à cette époque. Finalement, il lui dit à quel point il est déçu d'avoir eu un fils comme ceci et qu'il est la raison de son marché noir. Il finit sur la conclusion violente "tu me ressembles, trait pour trait, et quand j'te vois, j'me dégoute". Ils se mettent tous deux à pleurer et le père lui ordonne de quitter la pièce, alors se produit un événement étrange, le père se reprend et s'arrête de pleurer, pleurer doit signifier une sorte de faiblesse pour lui. A-t-il pleurer pour son fils qui était son seul proche et qui a voulu le tuer ? Aurait-il donc finalement des sentiments pour lui ? Ces questions demeurent sans réponse. 

Cet extrait est donc bien représentatif à la fois du marché noir qui s'est produit sous l'occupation et des réglements de compte à la Libération avec dénonciations, jugements et éxécutions des collaborateurs et autres compartements sous l'occupation jugés désormais indésirables, après la Libération. 

Ce court extrait se situe juste après la vérification des gendarmes de la présence ou non de Maxime Loin chez Léopold, mais ils n'ont rien trouvé. Le spectateur sait déjà où Maxime Loin se cache, chez Archambaud. Léopold sert à boire aux gendarmes dans sa cave à vin. Léopold, sous l'occupation, a pratiqué un petit marché noir, mais rien de très important, il se définit plutôt comme attentiste. Quant à Léopold, lui, se définit résistant. Il a employé un garçon de café juif qui était de plus incompétent et il dit avoir uriné dans les bouteilles de vin que commandaient les allemands lors de leur venue dans son café. Seulement, les gendarmes réfutent ces deux arguments : ce juif était son neuveu, et le café plaisait beaucoup aux allemands qui fréquentaient souvent l'endroit. Léopold à cours d'arguments rétorque un argument sans valeur "et alors, on a même plus le droit d'avoir un neveu juif ?" puis il ajoute que peu importe la dénonciation, preuves ou non, tant que c'est un communiste qui vient dénoncer, l'arrestation est mise en oeuvre. Léopold les appelle tout au long du film "les cocos". Il rappelle une dénonciation du même communiste (donc Rochard) qui plus tôt avait expulsé des personnes de leur logement pour s'y installer à leur place. Et juste avant, lorsqu'il affirmait que les gendarmes ont peur de Rochard, le gendarme de droite a baissé les yeux par terre, il le reconnait donc quelque peu puisqu'il ne cherche pas à le nier mais il s'en sort avec un argument futile comme quoi personne n'a porté plainte pour l'expulsion de la famille, la gendarmerie n'a donc pas à intervenir et n'est donc pas fautive.

 

  3. Analyse de l'affiche

 


afficheuranus-1.jpg

 

Cette affiche d'Uranus est un dessin qui fut créée en 1990 par Tardi. Il en ressort une ambiance sombre, triste avec une impression de tension entre la multitude de personnages mais surtout une impression de culpabilité de ces persnnages. 

Les protagonistes sont en noir et blanc, seuls les drapeaux français, les drapeaux communistes et le brassard FFI sont en couleurs, le tout sur un fond noir qui ne laisse pas deviner le cadre dans lequel l'action se passe.  

Au premier plan à droite se trouve Léopold en plan rapproché. Il est le centre de l'affiche puisque les autres personnages semblent faire une haie à son passage. Il est représenté en avant car il est avec Maxime Loin, la trame du film. Il est dessiné avec une bouteille pour symboliser son gros penchant pour l'alcool qui consitue un de ses traits de caractère et avec une trompette. Cette dernière rappelle le soir où il est sorti en pleine nuit dans la rue avec un mégaphone et une trompette dans le but de protester contre son arrestation sur la seule preuve de la dénonciation d'un communiste. Dans son élan, il évoque certaines choses qu'il ne devrait pas comme Monglat qui s'est vu s'enrichir de millions grâce à son marché noir sous l'occupation. C'est ce même homme, riche et influent, qui mécontent de la démonstration de Léopold, le fera arrêter. Mais Léopold refuse de suivre les gendarmes et sera fusillé. Léopold

 possède donc dans ses mains les deux armes qui ont servis indirectement à le tuer. Il possède un regard accusateur et on le voit de profil. 

A l'arrière plan, en ligne, sont représentés de gauche à droite : 

- Archambaud, ingénieur maréchaliste. Facilement identifiables avec son chapeau, ses lunettes et sa moustache. Il semble regarder en direction de Léopold, sûrement par culpabilité car il l'a indirectement tué en cachant Maxime Loin puisque c'est ce pourquoi Léopold est mort : il était accusé de dissimuler ce collaborateur. 

- Watrin, professeur neutre. Il tient son chapeau à la main à la manière d'un deuil, celui de Léopold (car il l'a lui aussi caché) ou celui de sa femme à qui il repense tous les jours et qui est morte lorsqu'il lisait un livre sur Uranus. Son regard semble soit hors-champ soit en direction des personnes à sa droite ce qui symboliserait son rôle protecteur. Il est tout le temps neutre et moralisateur, à la manière d'un père pour chacun. 

- Le fils de Watrin, prisonnier de guerre. Il porte un uniforme et regarde au sol, peut-être pas deuil, celui de sa mère tuée par bombardement. 

- Rochard, du parti communiste. Il a un regard hors-champs et inspire l'antipathie de l'observateur. Il est le seul à posséder un regard franc avec un sourire au coin de la bouche, lui procurant un air narquois comme s'il était fier d'être l'élément perturbateur, le lien direct avec la mort de Léopold car il profite très largement de sa place au parti.

- Gaigneux, du parti communiste. Représenté avec sa fille dans les bras et un regard hors-champs, il semble "bon". Il est un des seuls communistes dans le film qui soit bon et honnête et qui ne profite pas de sa place au parti. 

- Jourdan, du parti communiste. Il est représenté de face avec un regard évasif, comme choqué et coupable en direction de Léopold. En effet, il préfère privilégier les intérêts du parti que d'avouer la fausse dénonciation de son camarade, Rochard. Il est donc d'une façon coupable de la mort de Léopold.

- La fille d'Archambaud, Marie-Anne. Représentée de profil, avec un regard vers la gauche elle est discrète. Dans le film, elle n'a rien à se repprocher hormis ses multiples liaisons ambigues.

- La femme d'Archambaud. Elle possède un regard vers Léopold mais qui est plutôt hors-champ. Elle est comme son mari, assez neutre, du moins, elle n'a rien à se repprocher, elle tend la main à ceux dans le besoin par chrétienté comme elle dit, seulement elle aura une liaison avec Maxime Loin, le collaborateur que son mari héberge. 

- Maxime Loin, collaborateur activement recherché. De dos, dans l'ombre, il se cache, comme dans le film. Il tourne la tête vers deux directions : Léopold, dont il est la cause d'origine de sa mort mais aussi en direction de l'observateur de l'affiche. De profil, avec une expression énigmatique, il interpelle l'observateur et suscite son intérêt. 

- Monglat, qui pratiqua le marché noir. Mauvais avec tout le monde, presque misanthrope, il regarde hors-champs avec un visage antipathique, tendu 

- La femme de Léopold. Avec un regard en direction de son défunt mari, une mine effacée comme dans le film, passive et triste. 

- Des gendarmes. Ils ont à plusieurs reprises accusé Léopold ou l'ont arrêté pour finalement le fusiller quand il refuse d'obtempérer et de les suivre.

Cette affiche, très complexe par la multitude de personnages, de positions et de regards dans différentes directions n'a pas de réelle cohérence. En effet, on aurait pu croire que la direction des regards représenterait d'une part les communistes et les gaullistes, d'autre part les collaborateurs, marché noir et enfin les personnes neutres mais il n'y a pas de signification de parti pris dans ces regards. Seulement, ces regards divergent et ces différentes positions créent un effet de mouvement autour de Léopold, mort pour rien. Ce mouvement est représentatif des querelles qu'il y avait après l'occupation lors des réglements de compte, tout le monde s'accuse, "retourne sa veste", est hypocrite ou profiteur. Et ce sont des comportements irresponsables comme ceux-là qui causent la mort d'innocents, comme Léopold. 

Les drapeaux communistes et français sont mis en valeur, ce qui symbolise, après la libération, les valeurs mises en avant. Le drapeau de la Résistance avec la croix de la Lorraine est plus en retrait car ces résistants n'étaient pas nombreux et la Résistance, même si évoquée dans le film, n'est pas réellement représenté. On en parle, mais on ne voit pas de personnes qui incarnent la Résistance, à part certains personnages pathétiques comme Léopold qui se dit soit-disant résistant.

Le titre "Uranus", est centré en majuscules blanches, et trône au dessus des têtes des protagonistes. Les noms d'acteurs sont plutôt mis en valeur, car ce sont des acteurs assez prestigieux. 

Finalement, cette affiche incarne les mouvements de discorde et de réglements de compte qui sont intervenus après la libération avec une hétérogénéité qui apparait dans les personnages, les caractères, les gestes et les opinions des protagonistes qui paraissent pour certains sereins, pour d'autres hypocrites. Elle présente aussi de façon objective les retournements de veste après la libération avec un parti communiste très actif dans la vie quotidienne d'une ville mais des résistants pratiquement absents. 


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